Stadium : 3 questions à Jérôme Vastra

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Vendredi 13 octobre, nous recevions Mohammed El Khatib accompagné d’une cinquantaine de supporters du RC Lens pour un spectacle des plus inhabituels : Stadium.

 

La bonne ambiance était au rendez-vous mais au-delà de cette atmosphère de stade de foot, les supporters-comédiens ont su toucher le public.

 

Émouvante, drôle, un brin politique et revendicatrice, la pièce de Mohammed El Khatib n’a laissé personne indifférent. Nous avons voulu en apprendre davantage du côté de ces « nouveaux acteurs »,  Jérôme Vastra a bien voulu répondre à quelques questions.

Peux-tu nous raconter ton histoire et ton parcours de supporter ?
Je m’appelle Jérôme Vastra, j’ai 32 ans, j’habite à Lille depuis une dizaine d’années maintenant, mais j’ai grandi à Liévin (juste à côté de Lens). Mon histoire n’a rien d’exceptionnelle, depuis tout petit j’ai toujours été curieux, bon à l’école et en même temps j’aimais bien rire et faire rire (mes profs de collège diraient que j’étais le clown de la classe et ma famille que je suis simplement fou). Mon parcours n’est pas tout à fait rectiligne, j’ai d’abord suivi un cursus après le bac pendant 2 ans pour me réorienter ensuite vers autre chose et tout recommencer. Certes j’avais l’impression d’avoir perdu 2 ans mais au final j’y ai trouvé une passion et mon métier actuelle (Webdesigner).

Si on doit aller dans les détails de mon histoire, je suis obligé de parler de mon enfance en grande partie passée chez ma grand-mère (elle habitait près de l’école et s’occupait de nous, mon frère et moi). J’ai plutôt eu une enfance heureuse, grâce à ma famille en premier lieu, que ce soit mes parents, frère et soeurs mais aussi mes tantes, oncles, cousins et cousines, je ne peux pas mentionner mon histoire sans parler d’eux car ils sont quasiment 80 maintenant. La suite est moins heureuse car j’ai perdu ma mère quand j’avais tout juste 20 ans, sans elle et sans son appui je n’aurai peut-être pas parcouru le chemin que j’ai fait jusqu’aujourd’hui. Elle m’encourageait pour mes loisirs (football, boxe etc.) mais savait aussi me pousser dans mes retranchements pour être meilleur à l’école, en me donnant des devoirs en plus par exemple (je l’en remercie aujourd’hui).

Côté supporter tout est également lié, que ce soit à travers ma famille, ma grand-mère ou ma mère. En effet, mon premier souvenir de supporter devait être quand j’avais 5 ou 6 ans, à cette époque pas de siège pour s’asseoir au stade Bollaert, seulement de longs bancs en bétons (en même temps ils ne servaient à rien on était tout le temps debout). Je me souviens que lorsqu’il y avait un but, tout le monde poussait vers les grilles au bord de la pelouse, j’avais 5 ans, je me retrouvais écrasé par cette vague humaine, mais j’aimais ça ! Je voyais une telle joie autour de moi que lors de chaque match je n’attendais qu’une chose, que mon frère, mes cousins et moi on se fasse écraser par cette foule. A partir de ce moment j’ai toujours suivi le Racing Club de Lens. Certes, je ne pouvais pas me rendre à tous les matchs, mais quelques fois en famille nous allions au centre d’entrainement voir les joueurs, obtenir des autographes, etc.

Dans mon parcours de supporter je me souviens également d’un déplacement effectué avec ma mère (qui était une grande supportrice aussi), je devais avoir 14 ans et nous allions aux Pays-Bas (contre le Vitesse Arnhem), c’était un grand voyage pour nous. Partir en déplacement en bus et supporter notre équipe dans le stade adverse, c’était toute une aventure ! Je garde tous ces souvenirs mais il est vrai que depuis que j’ai quitté le bassin minier, je vais moins souvent au stade. Certes, je continue de voir les matchs à la télé ou sur l’ordinateur mais la ferveur dans le stade est telle que rien ne remplace ça. Quand j’en ai l’occasion je me rends au stade pour un peu refaire le plein de sensations mais ce n’est jamais assez.

 

Comment as-tu été amené à travailler pour la pièce Stadium ?
C’est une de mes tantes (Dorothée, qui sert de relais entre ma grand-mère et tout le reste de la famille via les sms et les réseaux sociaux), qui m’a contacté pour accompagner ma grand-mère à une entrevue avec Mohamed El Khatib au Louvre Lens. Nous sommes arrivés à environ 40, et de là s’en est suivi une série de questions/réponses entre Mohamed et nous. Il nous a ensuite expliqué son intention de faire une pièce, sans trop de détails, et nous sur le principe ça nous a plu. On s’est dit que de faire une pièce de théâtre, une fois, au Louvre Lens, c’était quand même cool, et que ça faisait d’autant plus plaisir à notre grand-mère.

Le hic, c’est quand nous avons découvert qu’il y aurait au final d’autres représentations, et une tournée ! Nous étions à mille lieux d’imaginer cela, mais en discutant plus avec Mohamed et les autres membres de son équipe, Fred Hocké, Violaine de Cazenove, Eric Domeneghetty entre autre, nous avons perçu le message qui se dégageait derrière cette pièce, l’importance qu’elle avait pour eux, mais aussi pour nous. Nous voulions nous aussi faire partie de cette pièce pour gommer des préjugés, pour faire rire les gens, les faire réfléchir, parfois même les faire pleurer et bien plus encore. C’est pourquoi on a ensuite tous accepter de poursuivre l’aventure en tournée dans presque toute la France et possiblement même à l’étranger.

 

Est-ce que, pour l’instant, ça te plaît ? Comment le vis-tu par rapport à ton quotidien ?
Pour le moment c’est dur d’expliquer ce que l’on ressent, on est comme dans un grand manège de parc d’attractions, au début on hésite un tout petit peu, une fois dedans on est submergé par plein d’émotions, et on ne sait pas si ça va s’arrêter au prochain tour ou encore continuer. Tout ce qu’on sait c’est qu’on veut y retourner.

L’envie de faire cette pièce est d’autant plus présente pour plusieurs raisons. Il y a le fait d’être en famille, de faire partie de cette aventure avec des gens dont on se sent proche que ce soit la famille en elle-même ou les autres personnes composants le spectacle sur et derrière la scène. De plus, il y a les messages que véhiculent cette pièce, elle n’est pas là pour faire chanter des supporters dans un théâtre et qu’ensuite chacun rentre chez soi, ça va beaucoup plus loin (je ne vais pas rappeler ici pourquoi il faut aller voir le spectacle les médias et le bouche à oreille s’en chargent très bien) mais derrière il y autant d’émotions, de sensations et de réflexions que cela nous tient à coeur de faire partie de cette aventure. La dernière raison est tout simplement le public, lors de chaque représentation sans exception, nous avons pris plaisir à faire plaisir au public, nous ne sommes pas acteurs, même pas amateurs de théâtre, et pourtant on a la sensation de communier avec les spectateurs à chaque fois, est-ce que c’est le déroulement de la pièce qui veut ça (je ne vais pas entrer dans les détails pour ne pas spoiler) ? Je ne sais pas, mais nous les remercions d’être présents pour partager ce bon moment.

D’un point de vue plus personnel, par rapport à ma vie « d’avant » les changements sont multiples, je jonglais déjà entre 2 emplois dans la semaine maintenant un nouveau s’ajoute le weekend (et parfois la semaine en plus des autres). Je vois également moins ma chérie, son emploi actuelle ne lui permet pas de prendre de son temps libre pour participer à la pièce, elle aimerait pouvoir nous accompagner et faire partie intégrante de la pièce mais rares sont es fois où elle a pu et pourra se libérer pour se joindre à nous. Toutefois, si la pièce dure quelques années, et libérée de certaines contraintes, elle pourra plus aisément apparaître à mes côtés dans la pièce.

Ce qui a changé aussi, c’est que grâce à la pièce je me sens plus proche de ma famille, passer autant de temps ensemble à voyager, habiter ensemble, ça rapproche énormément. Je n’ai pas de « tribune » pour ça mais si par cette occasion je peux tous les remercier (je ne vais pas les citer ils sont 35) alors je tiens à le faire.

Mentions

Un grand merci à Jérôme Vastra pour sa disponibilité et sa gentillesse.

Photographies © Maryse Lagorce